Reflet des stagiaires

Les anecdotes et la vie des stagiaires en journalisme pour Reflet de Société

Y a t-il un seul journalisme?

A l’approche du comité de lecture, je suis confrontée au jugement intransigeant du correcteur mythique du journal. Jamais de ma vie je n’avais récupéré mes “copies” aussi annotées et raturées.

Un gros débat et une énorme atteinte à mon égo plus tard, je digère lentement et m’attèle à mes corrections. Certaines suggestions dynamisent mon texte, l’allègent, le rendent plus clair et cohérent. Je n’ai d’ailleurs jamais nié les bienfaits du travail en équipe.

Dans d’autres cas, j’ai presque la sensation d’une trahison. J’en viens même à me demander  s’il est honnête de signer un article dans lequel je ne me reconnais plus vraiment… je suppose que c’est ça la loi de la jungle…

Le but était de nous familiariser, Morgane et moi, aux normes d’écriture journalistique. Le problème c’est que c’est fait avec une telle rigueur qu’il me semble que ça en devient rigide. Quelle est la place de la création personnelle dans l’écriture journalistique? Quelles sont les règles auxquelles on ne peut vraiment pas échapper?

Après un an d’étude au certificat en journalisme de l’UdeM, je me rends compte que j’ai rarement entendu les mêmes consignes. On m’a parlé du journalisme, de ses missions, des devoirs (et droits) de ceux qui le pratique, d’économie de mots, d’intérêt public et autres grands axiomes propres à la profession. On m’a imposé quelques bornes de structures mais rien de vraiment pénalisant. De toutes façons, dépendamment de la personnalité et du parcours du professeur, les consignes varient. Certains ne jurent que par le présent, d’autres par le passé composé et d’autres encore par le conditionnel que certains ont en horreur. Tel média souhaite une écriture qui interpelle le lecteur quand son voisin commande un article “impersonnalisé”.  Bref on ne sait plus trop où donner de la tête ni ce qui se fait vraiment ou pas.

Pour ma part j’avais surtout compris qu’il fallait s’adapter à une grille éditoriale tout en trouvant un équilibre avec son style personnel. J’avais compris que les exigences variaient selon le support, le sujet, l’angle, le temps… Aujourd’hui je me rends compte que notre culture (et oui les perceptions québécoises et françaises connaissent parfois des frictions) et nos habitudes pèsent lourd dans la balance.

Les longues séances de correction ont parfois donné lieu à de profondes discussions autour d’un thème… me permettant à la fois de clarifier mes idées sur le sujet en cours et de penser à de nouveaux. Ce qui me préoccupe c’est qu’aujourd’hui, plus que jamais, je suis assaillie par de nombreuses interrogations existentielles… et que je peine à écrire… naturellement.

La pratique du journalisme doit-elle être mécanique? N’existe t-il qu’un unique modèle à cette pratique?

juin 10, 2007 - Posté par refletdesstagiaires | Claire Gaillard, Uncategorized | | Un commentaire

Un commentaire »

  1. Salut Claire,

    Il ne faut pas te décourager. J’ai un petit proverbe que j’ai pris, je ne sais plus ou, et qui dit: “Tout ce qui nous arrive est pour notre bien”

    Tu es en stage. Il est normal que nous soyons plus sévère, plus à cheval sur les principes. De plus, tu ne travailles pas avec n’importe qui. C’est Charles Messier. Je l’appelle Maître Charles. Non seulement c’est un professeur de français, donc très précis sur la langue, mais il est aussi un journaliste avec beaucoup de principes, avec une vision très professionnelle du travail de journalisme.

    Tu as l’opportunité de faire un stage qui devrait pouvoir nourrir ta continuité pour plusieurs années. C’est vrai que parfois on peut avoir l’impression d’en perdre notre latin. Je me souviens qu’en finissant mon cours de thérapeute, je n’ai plus été capable d’écrire naturellement pendant quelques années. Mon écriture était celle d’un thérapeute et j’en avais perdu mon verbe et mon aisance. Aujourd’hui, je ne le regrette pas. Après des années à tenter de me retrouver, j’ai trouvé mon style, nouveau et différent et que j’apprécie.

    Je ne suis pas parfait pour autant. Maître Charles et moi avons encore de grandes discussions philosophiques et pratiques. Sur la forme, je mérite encore d’être corrigé.

    Dans les propositions de corrections que l’on me fait, autant par le comité de lecture que par Maître Charles, je dois accepter, sans trop de problèmes, au moins 98% des commentaires que l’on me fait. Il peut arriver parfois que certains commentaires touchent des valeurs ou des principes qui sont viscéraux. Il ne faut pas s’étouffer avec. On en discute et on tente de mieux se connaître à travers ces expériences.

    Au plaisir de continuer ce stage avec toi qui, je l’espère sera la plus expérience de ta vie.

    Raymond.

    Comment par raymondviger | juin 11, 2007 | Répondre


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