Vouvoiement à la française ou tutoiement à la québécoise?
Vouvoiement à la française ou tutoiement à la québécoise?
Certes il y a des différences dans l’emploi de la langue entre la Belle Province et le Vieux Pays, pourtant rien ne m’a plus choqué que l’emploi différencié de ces petits pronoms.
J’ai entendu nombre de théories farfelues sur l’emploi de ces termes, et d’autres que je trouve déjà plus réaliste, je m’attarderai donc plutôt sur celle-ci.
Tout d’abord il y a la construction en soi, bien que le Québec se dit réfractaire face aux anglicismes, il suffit de les écouter parler pour voir qu’ils emploient la langue de Shakespeare sans même s’en rendre compte, or on sait que la langue anglaise ne fait pas de distinction entre le “tu” et le “vous” employant indifféremment « you ». Cela pourrait être une première explication philologique.
Peut-on ensuite chercher des causes plus historiques ou sociologiques? Sûrement!
Historiquement, je ferais le rapprochement avec l’histoire du Québec et en particulier la période dite de la Révolution tranquille et de la libération des mœurs, en effet n’y a-t-il pas un lien entre ce rejet du moralisme conservateur et religieux et l’évolution d’une langue vers plus de familiarité, de proximité entre les individus bien que l’on retrouve encore aujourd’hui des marques du vouvoiement au moment les plus inopportuns dans le langage parlé :
- “Est-ce que tu peux me donner le sel, s’il vous plait?”
Étrange cet emploi des deux formes dans la même phrase. Peut on faire un rapprochement avec le côté guindé et prétentieux des français ou est ce encore ici une autre raison? Il doit y avoir des deux, d’un côté la France est le berceau de la règle de l’étiquette (règle de bienséance régissant tous les rapports entre personnes à la cour du roi Louis XIV, à partir du XVIIe siècle), ces règles permettaient d’instaurer une plus grande différenciation des gens selon leur position sociale.
Donc vaut-il mieux vouvoyer ou tutoyer? Le vouvoiement est il une marque de respect ou de dénigrement?
Finalement tout est question de culture, mais pour donner un avis personnel sur l’usage que l’on devrait en faire je voudrais faire remarquer plusieurs choses à mes amis les français.
Dans un pays qui se dit des Droits de l’Homme et de l’égalité, l’emploi de ce pronom n’est il pas le premier révélateur de notre manie de vouloir faire des minorités.
Que l’on vouvoie son professeur, je l’accepte car il y a un rapport de maître à élève nécessaire pour asseoir une certaine autorité, mais que l’on doive vouvoyer son patron, le juge ou le président de la République, je ne suis pas d’accord.
Finalement n’est ce pas leur reconnaître
une supériorité qu’ils n’ont pas, du moins qu’ils n’ont pas en tant que personne?
Je suis donc bien content de m’apercevoir qu’au Québec, je peux tutoyer la caissière, tout comme le policier et que cela ne choque pas, j’estimerai même les québécois plus proche d’une société libérée qu’est notre vieille France enfermée dans des traditions séculaires.





M. Robin.
J’ai l’impression que vous aimez la polémique ou les sujets qui portent à débattre, à confronter les idées… Dommage que votre stage se termine en janvier, vous auriez mérité une chronique régulière. Votre prochain stage au journal Le Monde pourrait peut-être vous l’offrir avant votre retour en France.
En ce qui concerne la confusion des genres dans le tutoiement et le vouvoiement, on peut aller plus loin. Je suis le patron de l’organisme. Vous êtes stagiaire. Je vous appelle M. Robin. Monsieur comme marque de respect et votre prénom pour vous dire que je demeure disponible et facile d’accès.
Les jeunes artistes qui fréquentent le Café-Graffiti se font appeler Maître, Monsieur ou Mister suivi de leur prénom ou de leur nom d’artiste.
Les partenaires je les appelle Monsieur suivi de leur nom de famille. Cela prend du temps avant que je me permette une familiarité comme un prénom. Il faut aussi que le partenaire en fasse la demande. Je trouve prétentieux d’appeler trop rapidement un partenaire par son prénom. Un prénom c’est de l’intimité. Par politesse, je n’entre pas dans l’intimité des gens avant d’y être invité.
Je suis bien d’accord sur la question du prénom Monsieur Raymond, je ne l’emploi en général pas non plus sauf lorsque l’on emploi le mien.
C’est en fait cela que je veux exprimer ici, lorsqu’un professeur en France nous apelle par son prénom et que l’on a le malheur de le tutoyer on se sent rabaissé, on a pourtant tout autant que lui droit au respect et à l’intimité et encore plus devant un policier qui doit avant tout nous voir comme un citoyen.
Mais jamais je n’emploierais devant une personne que je connais pas son prénom même si je le tutoierais, l’exemple d’une rencontre dans la rue : je demande mon chemin à quelqu’un en tutoyant cette personne, et disant ensuite bonne journée madame… comme quoi on ne peut jamais se défaire de cette politesse.
Finalement, sur ce point, j’ai peut-être un petit côté Français qui ressort.