En temps et lieu

On répète souvent au bélier impulsif que je suis que «Toute chose n’est pas forcément bonne à dire.» En fait, la communication n’est pas tant une question de pulsion qu’une question de contexte.

Pourquoi est-on « ringard » si on parle politique et philosophie dans un party, pourquoi choisit-on d’appeler X plutôt que Y pour discuter de nos soucis professionnels ou personnels ? Pourquoi faut-il attendre que la société soit prête pour aborder des questions telles que l’avortement, l’homosexualité, la religion… Au cours d’une vie, combien de fois se retient-on de se prononcer parce que « ce n’est pas le bon moment » ? Combien de nos interlocuteurs nous interrompent par un « le moment est mal choisi » ou encore « pas ici, pas maintenant, nous en reparlerons plus tard » ? Bref pourquoi faut-il des conditions favorables pour aborder un sujet ?

Je dois avouer être abonnée à ce genre de commentaire dans ma vie quotidienne. Je fais partie de ces gens qui disent tout ce qu’ils pensent et pensent tout ce qu’ils disent… (À de très rares exceptions près, protocole oblige…). C’est une habitude souvent ennuyeuse… pour ne pas dire fâcheuse. J’ai beaucoup de difficulté à canaliser mes pensées et à ne pas les exprimer de but en blanc. Donnez-moi quelques minutes de silence et je vous rends 6 sujets de conversations, 3 réflexions existentielles, 12 questions et une blague souvent pas drôle.

Je suis de celle qui voit des caricatures sociales pendant un dessin animé et qui vous le fait remarquer (histoire d’être certaine que vous ne profitez pas plus que moi… ahah) et qui vous demande pourquoi les québécois disent « je me pousse » quand les français disent « je me tire » pendant que vous tentez de regarder le feu d’artifice sur le pont d’un bateau. Bref vous voyez le genre : j’ai souvent « pas rapport » comme dit mon entourage.

En journalisme, il y a des critères qui font qu’un sujet va être traité en priorité. Par eux figurent la proximité géographique et humaine, la nouveauté et la pertinence du sujet par rapport au public cible et à la nature du support pour lequel on travaille. Ce sont des paramètres avec lesquels j’ai parfois du mal à jongler car je les trouve plus ou moins discutables (encore une fois dépendamment du contexte).

La proximité d’abord : pourquoi se limiter à conter ce qui se passe sous nos fenêtres alors que les nouveaux moyens de communication nous donnent la possibilité d’être au courant de ce qui se passe partout ailleurs ? D’ouvrir nos yeux et nos consciences à ce qui nous est parfaitement étranger ? Pourquoi dire aux gens ce qu’ils savent plus ou moins déjà quand on peut les amener à analyser des phénomènes qui ne se donnent pas à voir d’eux-mêmes ? Quand on peut leur exposer des points de vue et réalités qui sont justement à des années lumières de leur propre vérité ?

En ce qui concerne la nouveauté, j’aime lire les nouvelles fraiches tous les matins. Mais il y a des choses que l’on ne traite plus quand on en a déjà entendu parler. Elles n’ont pas cessé d’exister pour autant. C’est ce que je disais à Charles à propos de mon article sur l’homophobie. « La nouveauté, c’est malheureusement qu’il n’y en a pas vraiment. » Je veux bien essayer de trouver mais cela n’empêche pas que l’homophobie touche toujours plus les hommes que les femmes, que le phénomène est toujours plus vivace et dommageable dans la sphère scolaire etc. Les lois n’y ont pas changé grand-chose. La pire étape dans la vie d’un homosexuel demeure la période du coming-out, le moment où il décide ou pas d’assumer pleinement ou partiellement son orientation sexuelle, d’en parler autour de lui, de se libérer d’un lourd secret. L’étape où il appréhende la réaction de ceux à qui il a fait assez confiance pour se confier. Pourquoi parler de cette réalité doit-il être conditionné par le fait de trouver une approche nouvelle ? Selon moi, certains sujets méritent pleinement d’être encore et toujours mis sur la table. Ce n’est qu’en rappelant leur existence qu’un jour, on pourra dire que les choses ont changé… ou pas. Il est aussi important de juste faire le point, contextualiser.

Enfin, la question du public-cible revient un peu à celle de la proximité. On sait que notre lectorat à tendance à privilégier certains sujets plus que d’autres. Le défi des journalistes devraient être de les guider vers d’autres thématiques plutôt que de, seulement, satisfaire des habitudes. Peut-être a-t-on parfois tendance à « sous-estimer » nos lecteurs, auditeurs, spectateurs.

Bien sûr, je caricature une situation qui est loin d’être aussi rigide. Je pense simplement qu’il n’est pas toujours mauvais de bousculer certains patterns. Certains journalistes conservent, pendant des années, des articles en or dans leurs tiroirs. Dans l’attente que quelque chose va se passer qui leur donnera l’opportunité de publier dans un contexte favorable. Peut-être pouvons-nous prendre le risque de communiquer, parfois, même si ce n’est pas en temps et lieu.

Claire

         

Publié dans: on juin 26, 2007 at 1:47 Commentaires (0)

Y a t-il un seul journalisme?

A l’approche du comité de lecture, je suis confrontée au jugement intransigeant du correcteur mythique du journal. Jamais de ma vie je n’avais récupéré mes “copies” aussi annotées et raturées.

Un gros débat et une énorme atteinte à mon égo plus tard, je digère lentement et m’attèle à mes corrections. Certaines suggestions dynamisent mon texte, l’allègent, le rendent plus clair et cohérent. Je n’ai d’ailleurs jamais nié les bienfaits du travail en équipe.

Dans d’autres cas, j’ai presque la sensation d’une trahison. J’en viens même à me demander  s’il est honnête de signer un article dans lequel je ne me reconnais plus vraiment… je suppose que c’est ça la loi de la jungle…

Le but était de nous familiariser, Morgane et moi, aux normes d’écriture journalistique. Le problème c’est que c’est fait avec une telle rigueur qu’il me semble que ça en devient rigide. Quelle est la place de la création personnelle dans l’écriture journalistique? Quelles sont les règles auxquelles on ne peut vraiment pas échapper?

Après un an d’étude au certificat en journalisme de l’UdeM, je me rends compte que j’ai rarement entendu les mêmes consignes. On m’a parlé du journalisme, de ses missions, des devoirs (et droits) de ceux qui le pratique, d’économie de mots, d’intérêt public et autres grands axiomes propres à la profession. On m’a imposé quelques bornes de structures mais rien de vraiment pénalisant. De toutes façons, dépendamment de la personnalité et du parcours du professeur, les consignes varient. Certains ne jurent que par le présent, d’autres par le passé composé et d’autres encore par le conditionnel que certains ont en horreur. Tel média souhaite une écriture qui interpelle le lecteur quand son voisin commande un article “impersonnalisé”.  Bref on ne sait plus trop où donner de la tête ni ce qui se fait vraiment ou pas.

Pour ma part j’avais surtout compris qu’il fallait s’adapter à une grille éditoriale tout en trouvant un équilibre avec son style personnel. J’avais compris que les exigences variaient selon le support, le sujet, l’angle, le temps… Aujourd’hui je me rends compte que notre culture (et oui les perceptions québécoises et françaises connaissent parfois des frictions) et nos habitudes pèsent lourd dans la balance.

Les longues séances de correction ont parfois donné lieu à de profondes discussions autour d’un thème… me permettant à la fois de clarifier mes idées sur le sujet en cours et de penser à de nouveaux. Ce qui me préoccupe c’est qu’aujourd’hui, plus que jamais, je suis assaillie par de nombreuses interrogations existentielles… et que je peine à écrire… naturellement.

La pratique du journalisme doit-elle être mécanique? N’existe t-il qu’un unique modèle à cette pratique?

Publié dans: on juin 10, 2007 at 5:51 Commentaires (1)

Intactes convictions

J’ai passé trois jours à rencontrer et à discuter avec des personnes de tous horizons. Sexologue, psychologue, sociologue, enseignant, intervenant social (qui peut, par la même occasion, être chef cuisinier, traducteur, barman, retraité, fonctionnaire, et j’en passe…) Chacun a généreusement partagé avec moi une partie de son quotidien, de ses perceptions du monde et de ses activités. En me rencontrant et en m’ouvrant leurs bulles, ces gens se sont montrés à moi à la lumière de ce qui leur tient le plus à coeur, de ce pourquoi ils quittent provisoirement leurs emplois, leurs familles et leurs amis, de ce pourquoi ils se battent.

Sur un trottoir humidifié par la pluie, l’un d’entre eux, un ancien journaliste qui a quitté le métier, me dit que c’est un métier génial mais bien difficile. “C’est vrai, un journaliste se doit de ne pas avoir de conscience social. Je me sens libre de pouvoir la laisser s’exprimer au grand jour aujourd’hui.”

Pourtant, face à tous ces gens impliqués, qui sont eux, vous, moi et personne à la fois, je me dis que c’est faux. À mon sens, quelle que soit notre activité, c’est notre conscience (sociale, professionnelle aussi bien que personnelle) qui nous amène à donner le meilleur de nous-mêmes et nous donne notre crédibilité.

Je me sens dans l’obligation de parler de ces gens avec la même ferveur avec laquelle ils agissent. Je ne veux pas les forcer à me dire ce que je veux entendre, je voudrais simplement les présenter aux autres et parler de tout ce qui constitue leurs réalités… notre environnement.

Merci à tous les journalistes célèbres ou pas, vivants, morts ou fictifs qui vivent leur métier du plus profond de leur être et qui ont fait en sorte que je caresse, depuis 11 ans, le rêve de les rejoindre dans la sphère journalistique. Merci à tous ceux qui redorent le blason du métier à une époque où son image est entachée, simplement parce qu’ils ont gardé leurs convictions intactes. 

 Claire

Publié dans: on juin 7, 2007 at 12:55 Commentaires (1)

Méli-mélo nocturne

Je me pose beaucoup de questions… je crois que c’est assez clair. Je m’interroge sur tout, sur rien, sur le pourquoi du comment de la chose et le comment du pourquoi de son contraire.

C’est surement pour ça que j’ai choisi ce métier. Pour pouvoir me poser des questions et en chercher les réponses sans me faire dire que je suis trop intense ou que “Y’a pas rapport de se poser autant de questions sur une si petite affaire.”

Je suppose que j’aurai pu faire de la recherche mais ça n’aurait assouvi ma curiosité qu’en ce qui concerne certains sujets précis… et je ne pense pas être prête à écrire des livres. Mais ça c’est une autre histoire.

Ma tête fourmille donc de questions de tous genres et, aussi bizarre que cela puisse être, je crois qu’au fond j’aime ça.

Le problème est arrivé cette nuit quand, alors que je rêvais à la tournure de mon article en cours, mon esprit à transposé la thématique de l’article en question sur ma propre vie.

Je ne rentrerais pas ici dans des élucubrations plus personnelles mais imaginez: vous fouillez un sujet, vous tentez d’y jeter un regard critique, vous allez récolter l’avis de différents protaganistes à ce propos… Et soudain la formulation parfaite d’une idée me vient à l’esprit. D’habitude j’apprécie ardemment ce “moment de lucidité”.

Mais là mon cerveau encore embrumé de sommeil est allé un petit loin.

Qu’en est-il de ma propre vie à ce propos? Quelle(s) hypothèse(s) s’appliquent le mieux à mon cas? Puisque je récolte l’avis de tout le monde sur le sujet, qu’est-ce que j’en pense moi? En quoi suis-je concernée?

Ce fut une nuit très mouvementée… Et encore heureux que tout le reste de la maison dormait… sinon j’aurai été dans “l’obligation” de choisir une cible pour apaiser mes frustrations.  

Je vous avais prévenu, trop de questions. Il faut éviter de tout mélanger lors d’une nuit d’été. 

Publié dans: on juin 1, 2007 at 10:24 Commentaires (1)

De répondeur en répondeur

Revenons-en à nos spécialistes. Je passe mon temps à chercher celui qui pourra m’éclairer sur les sujets sur lesquels je travaille. Mais quand je trouve une piste, je me cogne à un répondeur. Je laisse donc trois messages au lieu d’un seul pour être certaine qu’à l’autre bout du fil, on se tanne d’entendre ma voix et qu’on me rappelle. Soit dit en passant, ça a l’air de plutôt bien marcher.  Ce que je ne sais pas vraiment bien interpréter, ce sont les résultats que j’obtiens. Si j’ai toujours eu des personnes très aimables au téléphone, chacun me remercie poliment en m’expliquant qu’ils ne se sont pas vraiment concentrés sur la problématique que j’ai choisie durant leurs recherches. Certains me dirigent vers des collègues qui, à leur tour, font de même.  Au final, je n’ai toujours pas l’avis d’un spécialiste et je baigne dans mes hypothèses. Sans même réussir à vraiment les organiser de quelque manière que ce soit. Il ne peut y avoir que quatre raisons à ça :-         soit je formule mal mon exposition du sujet et mes questions ;

-         soit j’ai découvert le seul angle jamais abordé par personne sur le sujet ;

-         soit je suis incapable de trouver le bon spécialiste ;

-         soit c’est une conspiration et personne ne veut me répondre pour que mon article ne soit jamais publié. 

 Un peu plus sérieusement, je trouve très difficile de trouver la personne ressource idéale.  En fait rien que ce choix brise tout effort d’objectivité (souvenez-vous : cette belle utopie). Selon la personne que j’interroge, c’est un avis plus qu’un autre que je mets en avant. La solution : interroger plusieurs personnes, bien évidemment. Et c’est là que les choses se corsent. Y a-t-il des sources plus crédibles que d’autres ? Tous les commentaires se valent-ils ? Combien d’intervenants différents faudrait-il interroger pour être assez impartial sans devenir confus ? Faut-il appuyer les hypothèses par des citations ou partir des citations pour développer des thèses ?  Bref à chaque jour son lot de questions… si je ne les partageais pas sur ce blog, je n’aurai, je crois, même pas conscience de les avoir en tête.  Claire

Publié dans: on mai 31, 2007 at 10:16 Commentaires (0)

Enseignez au suivant

Lundi matin – journée ensoleillée. J’ai pourtant hâte d’installer mon ordinateur sur le petit bureau de la rédaction que Morgane et moi partageons. J’ai repéré quelques personnes qu’il pourrait être pertinent de contacter pour nos « enquêtes ». Certaines dont il me faut trouver les coordonnées. D’autres que je n’ai juste pas osé déranger pendant le week-end.  Ma matinée va se résumer à ça. Beaucoup de recherche, plusieurs dizaines d’appels, quelques rendez-vous, beaucoup de répondeur… Mon téléphone ne recevra que peu d’appels retournés. « Les spécialistes sont très occupés, m’informe t’on dans un secrétariat. » Et je me dis : « Il y a beaucoup de spécialistes. D’un côté nous sommes tous spécialistes. » 

Comme cette jeune femme qui nous parlera 2h durant de son parcours. Qui a traversé des épreuves que nous ne connaissons heureusement pas tous. Qui est habitée de sentiments qu’aucun « spécialiste » ne peut reproduire s’il ne les ressent pas lui-même. Entre les lignes de son histoire peuvent se lire des centaines de problématiques culturelles et sociales. Et je me demande ce que nous allons écrire sur elle. Elle a souhaité partager le livre de sa vie avec nous pour que nous le partagions avec les lecteurs. Je me demande quel chapitre nous allons choisir.  Loin de moi l’idée de vouloir dénigrer les spécialistes mentionnés plus haut. Je leur porte, au contraire, un profond respect. Certains consacrent un temps faramineux à leurs travaux. Chaque nouvelle hypothèse formulée, chaque nouvelle régularité statistique déterrée sont des petits pas dans l’univers de la connaissance. Quel rôle jouons-nous dans cet univers ? 

Nous avons tous appris de quelques uns et enseignons à notre tour à d’autres… chacun à sa manière. Entre hier et aujourd’hui j’ai pu assister à diverses formes de « transfert de connaissances ». Une femme à son fils qui lui apprend peu à peu à s’autonomiser, une autre qui accepte de témoigner de sa maladie et des conséquences qu’elle peut avoir dans son quotidien, une danseuse burlesque qui voit ses élèves « se réconcilier » avec leurs corps, ces femmes qui, à leur tour, auront éventuellement le pouvoir de réduire les pressions sociales qui pèseront sur les épaules des femmes des générations à venir en terme de « beauté ». Enfin ces hommes et femmes, de tous âges, de toutes ethnies, tous homosexuels qui viennent raconter leurs propres cheminements à des immigrants fraichement installés au Québec. Enfin il y a nous, à la rédaction du magazine Reflet de société, sans compter les intervenants du café graffiti.   Chacun avec leurs mots, leurs références culturelles vont s’acharner à ne faire passer qu’une infime partie d’eux-mêmes, de leur savoir, de leur message… chaque jour encore et encore… inlassablement… imperceptiblement. Qu’est-ce qui nous motive ? Avons-nous conscience de notre influence ? 

La différence, l’inconnu et le manque de curiosité ont toujours engendré la peur, le rejet et l’intolérance. Il est pourtant fort probable que, au quotidien, nous faisons tous, sans exception, à notre manière et à notre rythme, notre part pour réduire les distances entre les Hommes.

 Claire 

Publié dans: on mai 30, 2007 at 2:13 Commentaires (0)

À visage (dé)couvert

Il m’a fallu presque tout le week-end et bon nombre d’amis à la maison pour sortir de mon esprit les informations qui m’ont été communiquées vendredi en « débriefing rédactionnel téléphonique. »  Après confusion dans les directives, le vox-pop est à recommencer. Formulation des questions plus neutre et récolte de témoignages non-anonymes ! Étant donné le nombre de personnes qui ont voulu fuir notre appareil-photo, je me dis que la tâche ne va pas être aisée.« Je suis sûr que vous pouvez affiner vos méthodes, me confie Charles. » Et je n’en doute pas ! Ma pire expérience en termes de vox-pop, c’était il y a quelques mois pour la radio. La plupart des gens avaient très aimablement accepté de répondre à mes questions jusqu’à ce qu’ils aperçoivent le gros micro noir et décident de s’enfuir en s’excusant.Avec Morgane vendredi, personne n’a refusé de nous répondre. Mais rares sont ceux qui ont accepté d’être pris en photo. Je me souviens aussi d’un cours de méthodes journalistiques à propos des témoignages anonymes. Faut-il les éviter ? Dans quel cas les utiliser ? Peut-on le faire de manière crédible ? Jusqu’à quel point un journaliste se doit-il de défendre l’anonymat de son témoin/sa source ? etc… Le débat avait duré 3h. 

Pourquoi les gens appréhendent-ils de se voir et/ou de se lire dans les médias ?  Vendredi soir, mes amis tentent de m’éclairer…« Les gens ont peur des médias, de leur manière de tout déformer. Ils ne veulent pas se faire piéger. » Ces considérations m’ont toujours un peu effrayée : les médias sont supposés travailler pour leurs lecteurs, être une courroie de transmission entre « le monde » et le public. Comment en est-on arrivé à faire peur ?  « Les gens n’assument pas leurs opinions. Voilà pourquoi ils ne veulent pas qu’elles soient « immortalisées » dans le journal. » Là, c’est surement la française « opinionated » en moi qui s’indigne. Mais qu’est-ce qui nous empêche de nous positionner et de nous assumer ? Les gens changent, leurs opinions évoluent… rien n’est coulé dans le béton comme on dit. On peut partager ses idées… être confronté au désaccord, cela n’implique pas avoir tort. Veut-on s’assurer que la majorité pense comme nous avant de nous prononcer officiellement ?  « Les gens se sentent violés dans leur intimité, leurs pensées leurs appartiennent. »  Nous ne sommes, évidemment, parvenus à aucune réponse solide dans ce débat. Ce ne sont que des hypothèses, des perceptions individuelles. 

Mes interrogations demeurent donc : qu’est ce qui fait que l’on souhaite (ou pas) faire entendre sa voix de « simple citoyen » dans les médias ?

Le cyber vox-pop est lancé…

Claire 

Travail d’équipe

J’adore les séances de titrage! C’est comme la diversité de population, comme le multiculturalisme: c’est de cette manière qu’on obtient les meilleurs résultats, à partir du moment où on lie le tout avec du respect.

C’est souvent la titraille qui donne de l’urticaire à une salle de rédaction… en tous cas, à la journaliste débutante que je suis. Il faut qu’un titre soit accrocheur, concis, précis, évocateur, drôle mais sérieux, original mais fidèle au contenu… Le problème avec moi c’est que mes meilleurs idées en la matière me viennent souvent en plein milieu de la nuit, trois jour après mon deadline… quand ce n’est pas trois jour après la mise en kiosque de l’article en question.

Mais une séance de titrage, c’est se réunir autour d’un bourgeon prêt à éclore et lui donner le meilleur de nous-même pour l’aider. C’est mettre en commun différentes opinions, perceptions et références. C’est éventuellement remarquer ce que d’autres n’ont pas vu, entendre un collègue exprimer de manière beaucoup plus appropriée ce qu’on avait envie de dire, mélanger les mots de chacun pour former la phrase parfaite.

Merci à l’équipe d’avoir pris le temps de m’expliquer le contenu des articles pour me permettre de participer… merci encore d’avoir aussi écouté mon point de vue…

Je suis beaucoup moins fan des vox-pop dans la rue. Et, pour être honnête, de devoir m’atteler à ce travail avec Morgane en fin de matinée ne m’enchantait pas vraiment.

Je n’ai pas de problèmes avec l’information. En ce qui concerne les opinions, les confidences ne me gênent pas mais je suis encore assez mal à l’aise avec le portrait et les micro-trottoirs. Venir “péter la bulle“  des gens quand ils ne s’y attendent pas, ça me rend un peu moins téméraire.

La première personne dont j’ai dû écrire le portrait, j’ai fini par lui confier que j’avais l’impression de participer à un speed-dating en compagnie de quelqu’un à qui je ne plaisais pas du tout. (Ça veut tout dire de l’idée que je me fais d’un tel moyen de rencontre.)

J’ai la sensation de devoir en apprendre le plus possible sur quelqu’un, d’avoir à m’assurer que la personne est assez à l’aise pour me confier ses réelles pensées et non pas ce qu’elle pense que je veux entendre tout en faisant attention à ne pas trop m’éterniser pour qu’elle ne se lasse pas de me voir.

Résultat: j’ai souvent beaucoup de mal à obtenir tous les renseignements que je souhaiterais.

Mais finalement l’expérience n’a pas été si pénible que ça. La sociologue en moi a vite repris le dessus.

Comment se fait-il que l’on obtienne des réponses quasiment similaires de la part toutes les personnes que l’on rencontre? Comment puis-je expliquer que mon entourage partage la plupart de ces opinions? Comment avouer que, moi-même, j’en épouse certaines? 

Peut-on parler ici d’acculturation des consciences? De conformité sociale? De hasard?

Je ne crois pas au hasard… je ne crois pas vraiment non plus aux réalités immuables. Il doit donc y avoir une explication au consensus face auquel nous avons été confrontées aujourd’hui.   

Claire

Publié dans: on mai 25, 2007 at 11:58 Commentaires (1)

Du bonheur d’être là…

Pour ma première journée de stage, hier, j’arrive la tête pleine de sujets que j’aimerais traiter… en fait que j’aimerais voir traités tout court ! Du moment qu’on y consacre plus que quelques lignes furtives dans un article de journal… un jour où l’actualité chaude s’y prête.Avec Raymond et Morgane les idées fusent, s’échangent et se transforment. Le papier se noircit… je note, je rature et rajoute quelques flèches par-ci par-là… Pour commencer, Morgane et moi on va s’attaquer à un sujet en duo pendant que j’aborderais seule la démystification de l’homosexualité. Ce matin j’arrive dans les locaux du journal avec mon casque de radio dans les mains. Depuis les petites heures du jour, j’assumais mon rôle hebdomadaire de chroniqueuse dans une radio communautaire du quartier.  

La radio, c’est comme ça que j’ai commencé. C’est derrière un micro que j’ai, pour la première fois, caressé mon rêve d’enfant… être journaliste.Reflet de société sera le premier magazine à réellement me permettre de découvrir la presse écrite. Et que demander de mieux ! Alors que j’achève mon certificat en journalisme à l’Université de Montréal, je me rends compte que mes précédentes études en sociologie me collent à la peau. Je veux continuer d’observer, de comprendre et d’expliquer du mieux possible notre environnement socioculturel. C’est ici que je peux associer mes deux passions. 

J’ai beau savoir depuis longtemps que je veux faire ce métier, c’est sur le terrain que j’ai compris que je le faisais par militantisme. À première vue, ça m’éloigne du souci d’objectivité qui devrait animer tout bon journaliste. Que nenni ! Si je propose aux lecteurs un traitement impartial de l’information (et non pas objectif… quelle belle utopie) ils seront en mesure de prendre leurs propres décisions en toute connaissance de cause. Nous permettre de devenir, chaque jour, petit à petit, des citoyens plus forts : mieux informés, mieux protégés, mieux préparés. Je crois que c’est l’ambition principale que je partage avec la chaleureuse équipe du magazine. Maintenant que je vous suis un peu moins étrangère, revenons à mon début de journée ensoleillée.  

En quittant la radio pour rejoindre la rédaction du Journal de la rue, j’apprends qu’une de mes acolytes radiophoniques est intervenante pour le GRIS de Montréal, groupe de recherche et d’intervention sociale gaie et lesbienne. Ça me semble pertinent pour mon sujet. Ma première entrevue pour Reflet de société sera donc improvisée sur le bord d’un trottoir. J’ai d’ors et déjà pris la décision de m’accorder quelques jours pour récolter de l’information brute et déterminer un angle après. 

Arrivée à la rédaction, Morgane et moi nous mettons en quête des informations préliminaires nécessaires à notre sujet. J’envoie ensuite quelques courriels et passent quelques appels pour ma propre « ethnographie ». À peine deux heures plus tard, je suis en route – enfin à pied grâce aux grévistes de
la STM – vers un premier rendez-vous.
 Tout le long du chemin je me rappelle ces paroles de professeurs tant de fois entendues : « C’est en ouvrant vos yeux et vos oreilles sur le quotidien que les sujets d’articles vous apparaitront ». Maintenant que je peux vraiment me consacrer au journalisme à temps plein, il semble effectivement que mes sens sont plus en alerte, que les idées d’angles et d’articles fusent dans mon esprit. Ils ont oublié de nous dire à quel point c’est effrayant ! Et si jamais je ne parvenais pas à organiser tout ça ? 

 Claire  Gaillard

Publié dans: on mai 23, 2007 at 10:36 Commentaires (1)