Entre Montreal et Ottawa
Entre Montréal et Ottawa
J’ai passé la fin de semaine à Ottawa, ce qui m’a amené à faire la comparaison avec Montréal. Montréal est le premier contact avec le Québec des étrangers qui prennent l’avion. C’est une ville francophone qui tient à sa langue, dans laquelle l’influence nord-américaine est pourtant palpable, et où l’anglais est très présent, en particulier quand on s’approche du quartier des affaires. Cette dualité donne à Montréal l’image de la capitale du bilinguisme aux yeux de nombreux français.
Je suis partie à Québec, il y a un mois. Le contraste est violent! Autant Montréal est américanisé, autant Québec est européen. Le centre est très joli, avec ses rues piétonnières un peu chez moi! Cependant, Québec n’est pas la ville que je préfère, car je trouve que ce charme a quelque chose de superficiel. Je comprends pourquoi beaucoup l’apprécie, mais je préfère Montréal, plus dynamique tout en ayant aussi de très jolis quartiers.
J’en arrive donc à Ottawa. La capitale canadienne, m’a-t-on dit, c’est mort. Disons-le franchement, c’est une ville de fonctionnaires dans laquelle il ne se passe jamais rien et qui dort comme la Belle au bois dormant n’oserait pas le faire. Un tableau plutôt négatif, donc. Cependant, ça reste la capitale, j’avais envie de la découvrir un peu. Le concept de capital est relié à celui de centre économique et artistique du pays pour la française que je suis. Un préjugé déjà mis à mal par mes six mois à Berlin, même si la capitale allemande est très dynamique. Ottawa, c’est l’étape suivante: effectivement, c’est petit et on fait vite le tour du centre! Pour autant, c’est beaucoup plus vivant que ce que j’imaginais. Il y a de l’animation, il se passe plein de choses, le marché by bat son plein, c’est joli, sans être surfait, et ça parait agréable à vivre. J’ai une bonne première impression, et il faudra que je m’en contente puisque je n’ai pu y passer que deux jours.
J’ai été assez surprise de constater qu’Ottawa me paraît plus bilingue que Montréal. J’avais cru comprendre que les canadiens anglophones ne parlaient pas vraiment français, pour la plupart. Certes, Ottawa est la capitale, mais tous les anglophones que j’ai rencontrés parlaient un français très correct. Peut-être ais-je simplement eus de la chance. A Montréal, en revanche, pas mal de Québécois ne parlent pas anglais. Je trouve ça dommage, mais vu mon niveau dans cette langue, je ne vais pas m’étendre sur le sujet, ce serait l’hôpital qui se moque de la charité…
J’ai pu visiter le parlement canadien et le musée de civilisation. L’un comme l’autre sont des visites à ne pas manquer! Le parlement est un bâtiment magnifique, en particulier la bibliothèque, digne de celle du Disney La Belle et la Bête. Quand au musée, l’exposition permanente sur les peuples autochtones donnaient beaucoup d’informations sur ces cultures dont je ne sais rien.
Finalement, une fin de semaine a suffit pour me donner envie de revenir à Ottawa et d’y passer plus de temps. Montréal a l’attrait des grands centres qui vivent à 100 à l’heure, mais, paradoxalement, l’américanisation côtoie un presque refus de l’anglais d’une partie de sa population. La capitale est plus calme, mais il fait bon d’y vivre. L’influence américaine est plus limitée et le bilinguisme me paraît mieux vécu. Les deux villes, qui ont l’avantage d’être géographiquement proches, sont finalement complémentaires et aussi intéressantes l’une que l’autre.
Lisa Melia
De regime a chirurgie esthetique: le culte du corps
De régime à chirurgie esthétique: le culte du corps
Le 7 mai, c’est la journée sans diète, écrit Raymond sur le blogue du rédacteur. Ah bon ? Il y a une journée internationale contre les régimes ?! Une actualité qui me donne à réfléchir. Depuis que je suis au Québec, la question du corps (en particulier celui de la femme) me paraît presque omniprésente. Je ne peux pas m’empêcher de faire la comparaison avec l’Europe et la France.
D’après un article du journal Le Monde, les français sont parmi les plus minces d’Europe. Ce sont pourtant ceux qui sont les plus insatisfaits de leurs corps: «les Françaises, dont la corpulence est la plus faible de toute l’Europe, se voient plus grosses qu’elles ne le sont» affirme une enquête de l’Institut National d’études démographiques français. C’est quelque chose que je crois volontiers. La pression sur le physique me semble plus importante en France qu’en Allemagne ou au Québec, les deux pays dans lesquels j’ai séjourné cette année, ce qui est un obstacle de plus pour «les grandes tailles», comme on les appelle, qui ont du mal à s’accepter et à s’intégrer. Cette pression peut, dans certains cas, devenir une véritable violence psychologique.
En Amérique du Nord, la pression existe aussi, mais elle me semble différente. Plus que les amis, la famille ou encore les collègues, ce sont les médias qui véhiculent le message que pour être quelqu’un de bien, il faut être quelqu’un de mince. Dans un exemplaire du magazine Elle, il y avait une publicité montrant le corps nu et svelte d’une femme. J’aurais cru à une publicité pour un produit amincissant, si je n’avais pas vu le slogan: «Chirurgie esthétique. L’été approche, c’est le temps d’y penser.» Je ne lis pas souvent de magazines féminins en Europe, j’ignore donc si on peut y voir le même genre de publicité. Cependant, qu’un périodique, qui plus est Elle, qui a une large audience, montre une réclame qui propose la chirurgie esthétique comme une solution facile et anodine pour avoir un corps «socialement correct», ça me choque. Ma colocataire m’a également fait découvrir une émission américaine qui a beaucoup de succès au Etats-Unis: The biggest loser. Dans cette émission de télé-réalité, une vingtaine de personnes obèses se réunissent dans un ranch et doivent perdent le plus de poids possible, entraînés par des coach sportifs, consacrant à la fin le plus gros perdant (de kilos).
Revenons donc à notre journée sans régime. Comme Raymond le souligne dans son billet, les régimes, et en particuliers les régimes «yo-yo» sont dangereux pour la santé. Ils peuvent facilement mener à des troubles alimentaires, dont les plus connus, la boulimie ou l’anorexie. Basculer dans l’une de ces maladies est nettement plus facile que ce que la plupart des jeunes filles croient. J’ai eu une amie malade qui banalisait ses comportements en refusant d’associer ses vomissements à des tendances boulimiques. Elle s’en est sortie toute seule, mais combien sont piégées dans une spirale descendante ? Un régime ne peut être utile et bénéfique pour le corps que s’il est supervisé par un diététicien. Pourtant, aujourd’hui, les pressions pour un corps mince (pour les femmes) et musclé (pour les hommes) sont partout, et les «solutions» (ou proclamées comme telles) ne sont pas loin. A l’approche de l’été, chaque magazine propose la cure miracle, plébiscitée par une célébrité quelconque, les plus populaires promettant de maigrir sans se priver. Naturellement, rien ne marche vraiment, mais le corps se souvient de ce qu’on lui fait subir et la culpabilité des kilos en trop est toujours présente.
Fait amusant: une étude britannique a révélé qu’une personne grosse pouvait être en meilleure santé qu’une personne mince! D’après les chercheurs, c’est la graisse “viscérale”, celle qui se fixe sur les organes, qui a un impact sur la santé. Pour prévenir ce type de graisse, il faut pratiquer une activité sportive. Ainsi, les sumos sont en meilleurs santé qu’une partie des personnes minces qui ne pratiquent aucune activité physique. Finalement, c’est ce qu’on a à l’intérieur qui compte. Qui l’eût cru ?!
Lisa Melia
Tu t’es vu quand t’as bu?
Le 9 mars dernier, les députés français ont adopté un projet de loi visant à interdire la consommation d’alcool pour les mineurs. L’interdiction pour les moins de 16 ans existait déjà – et n’était déjà pas respectée. Cependant, entre 16 et 18 ans, la vente d’alcools “non forts” était autorisée. Pour ma part, je ne me sens pas vraiment concernée par ce projet de loi: je ne bois pas, par goût plus que par conviction d’ailleurs.
En France, certains considèrent ce projet comme inutile: 18 ans ou pas, un jeune qui veut boire boira. Surtout que l’interdit représente un certain attrait pour pas mal d’ado. De plus, les jeunes sont lassés d’être considérés comme des irresponsables qui boivent et fument pour suivre le “troupeau” des copains. Marre d’être tous mis dans le même panier. D’autres, en revanche, s’affolent des chiffres de comas éthyliques. A même pas 15 ans, le nombre d’adolescents qui a déjà été saouls est élevé – et effrayant. A seulement 11 ans, 59% des français ont déjà bu de l’alcool. A 13 ans, 16% ont déjà été ivres. Le chiffre grimpe à 41% pour les jeunes de 15 ans. C’est pourquoi d’aucuns pensent qu’il faut absolument encadrer la vente et la consommation d’alcool pour éviter les drames.
Tout ça pour en arriver à la façon dont ça fonctionne au Québec. Lors de ma première visite, en vacance avec mes parents, j’avais 17 ans. Je n’étais donc pas majeure, ni en France, et encore moins au Canada. Comme cela arrivait très souvent en France, mes parents m’ont demandé d’aller leur acheter deux bouteilles de bière pour la soirée; accompagnée de ma petite sœur. Naturellement, l’alcool était pour eux. Je me souviendrai longtemps des yeux écarquillés du vendeur qui a refusé catégoriquement de me vendre la moindre goutte d’alcool. D’autant plus que lorsqu’il m’avait demandé mon âge, j’avais bien sûr dit la vérité. Mon accent français m’a sauvé, mais l’épisode est maintenant inscrit dans l’histoire familiale et continue de nous faire rire. Et pourtant, la France prend le même chemin puisque la vente d’alcool à toute personne qui n’est pas majeure est maintenant interdite en France aussi. Mais la différence principale est que les commerçants québécois appliquent la loi, eux!
Et pourtant, je me demande vraiment si l’interdiction est la bonne solution. Les jeunes trouvent toujours le moyen de se procurer l’alcool qu’ils veulent. En falsifiant les cartes d’identité, ou tout simplement en demandant à une personne majeure. Mais même si les chiffres français de la consommation des adolescents font peur, je trouve que laisser aux jeunes une certaine autonomie est important. La plupart d’entres eux font peut-être un ou deux excès, mais cela leur permet aussi de connaître leurs limites, et de les respecter par la suite. Grâce à ça, ils savent boire. Une amie m’a raconté une anecdote. Alors qu’elle avait 17 ans, sa classe a fait un échange scolaire avec un lycée américain. Quand lesdits américains sont venus en France, ils ont été ravis par la facilité de se procurer de l’alcool. A tel point que plusieurs d’entre eux ont beaucoup trop bu et qu’une jeune fille s’est retrouvé à l’hôpital dans le coma. Selon mon amie, l’explication est simple: ils ne savaient pas boire et ne connaissaient pas leurs limites.
C’est toujours un débat difficile. Faut-il protéger les jeunes d’eux-même, tout en sachant que de toutes façons ils trouveront toujours le moyens de contourner l’interdiction, ou faut-il leurs faire confiance, en sachant que le verre de trop peut avoir des conséquences dramatiques voire irréparables?
Lisa Melia
Introduction
«Ce serait bien si tu pouvais écrire quelque chose sur toi dans le blog des stagiaires, une sorte de présentation».
C’est à ce moment là qu’il faut répondre oui, et avec le sourire. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de grincer des dents. Ecrire sur moi: exactement ce que je n’aime pas! Je ne sais jamais vraiment quoi dire, et je n’aime pas non plus accumuler les phrases commençant par «je». Mais quand on aimerait devenir journaliste, refuser d’écrire quelque chose, même si c’est quelque chose sur soi, ce n’est pas très malin. Et la politesse veut qu’on se présente quand on arrive quelque part!
Il faut donc se lancer! Et un stage au Journal de la Rue sera sûrement une bonne solution pour brider un peu cette timidité inutile. Mais pourquoi, pour ce faire, traverser l’Atlantique? Je suis une étudiante française qui vient du sud de la France, de la belle ville de Toulouse, la ville rose (oui, je fais présentement de la publicité!). J’y étudie les sciences politiques, terme trompeur qui recouvre l’histoire, la sociologie, l’économie, le droit et (quand même!) les sciences politiques. Pourquoi Montréal, donc? Je répondrais bien «pourquoi pas?» mais ça n’est jamais un argument très percutant. Et j’ai de bien meilleures raisons. D’abord, parce qu’une première visite au Québec il y a quatre ans m’a laissé de très bons souvenirs et l’envie de revenir. Ensuite, et surtout, parce que je n’avais pas envie de faire un stage café-et-photocopie, et que Reflet de Société propose une façon de travailler intéressante. Un journal qui allie plusieurs supports, plusieurs journalismes, et qui permets à ses stagiaires de vraiment découvrir différents aspects du métier, c’est plus rare qu’il n’y parait. Quand en plus on peut découvrir un nouveau pays et une nouvelle région du monde, il n’y a plus de beaucoup de raisons d’hésiter! Donc je n’ai effectivement pas hésité longtemps! Et tant pis pour le dépaysement. Car si beaucoup de choses me paraissent neuves et différentes, ce n’est que du positif, car ca permet de remettre perpétuellement en question ce qu’on croit et ce qu’on pense savoir. On se retrouvera donc sur la toile au fil des expériences!
Lisa Melia




